Tôt le matin de ce jeudi 16 octobre 2025 à Shabunda centre, les agents de la Régie des Voies Aériennes (RVA) ont eu la désagréable surprise de trouver les portes de leurs bureaux scellées par leur bailleur. En cause : plus de dix mois de loyers impayés, une situation qui traduit la profonde crise financière que traverse cette entité publique.
Selon les témoignages recueillis sur place, la RVA/Shabunda ne dispose plus de moyens suffisants pour honorer ses engagements, aussi bien envers son bailleur qu’envers son personnel.
Depuis la chute de Goma et Bukavu entre les mains de la rébellion du M23, les recettes de l’antenne locale ont drastiquement diminué, plongeant l’administration dans une asphyxie financière totale.
« Nous ne savons plus comment travailler ni comment nourrir nos familles », déplore un agent sous couvert d’anonymat.
Les agents dénoncent un traitement inégal de la part de l’État congolais. Alors que dans d’autres services publics opérant dans des zones sous occupation rebelle — tels que l’armée, l’enseignement, la DGM ou la DGDA — les fonctionnaires continuent de percevoir leurs salaires via Mobile Money ou comptes bancaires liés à leurs téléphones, ceux de la RVA se retrouvent sans aucune prise en charge depuis plusieurs mois.
Cette situation soulève des interrogations sur la gestion sélective des services publics et sur l’absence d’une politique uniforme de soutien aux agents affectés par le conflit dans l’Est du pays.
Une autre question juridique se pose : un bailleur, même s’il s’agit d’un partenaire privé de l’État, peut-il légalement poser un cadenas sur un bâtiment public sans décision administrative ou judiciaire ?
Cet acte, perçu comme une humiliation supplémentaire, choque plusieurs observateurs locaux qui estiment qu’il porte atteinte à la dignité des agents et au fonctionnement du service public.
Malgré l’interpellation du Directeur Général de la RVA par les députés nationaux le 30 mai dernier — notamment par les honorables Vital Kamerhe, Trésor Mutiki et Misare —, aucune mesure concrète n’a été prise jusqu’à présent.
Résultat : le calvaire des agents se poursuit, dans l’indifférence quasi totale de Kinshasa.
Isaka Kijana