À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, Grâce Omari, jeune leader du Nord-Kivu, a publié ce mardi 30 juin 2026 à Goma une tribune dans laquelle il s’interroge sur l’héritage laissé par les pères de l’indépendance et sur la capacité du pays à surmonter ses crises récurrentes.
Dans ce texte, l’auteur rappelle que l’indépendance acquise le 30 juin 1960 visait avant tout à rendre au peuple congolais sa dignité, sa liberté et la maîtrise de son destin. Mais, soixante-six ans plus tard, il estime qu’une interrogation demeure : « Qu’avons-nous fait de cet héritage ? »
Grâce Omari retrace brièvement l’histoire politique du pays, marquée, selon lui, par des crises successives : les troubles des premières années de l’indépendance, les trente-deux années de régime de Mobutu, puis la chute de ce dernier en 1997 avec l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila, événement qui avait suscité un nouvel espoir avant d’être rattrapé par la guerre, l’assassinat de Mzee Kabila et la fragmentation du pays.
Pour l’auteur, les « vieux démons » semblent aujourd’hui refaire surface. Il évoque notamment l’insécurité persistante dans l’Est du pays, où plusieurs territoires échappent encore au contrôle effectif de l’État et où les populations continuent de subir déplacements forcés, violences et précarité.
« Faut-il modifier la Constitution alors que des millions de Congolais attendent avant tout la paix, la sécurité, des écoles, des hôpitaux et des routes ? La question mérite d’être posée »
Selon lui, l’histoire congolaise montre une constante préoccupante : chaque fois que les dirigeants concentrent leurs efforts sur la conquête ou la conservation du pouvoir, c’est le peuple qui en paie le prix.
« Chaque crise politique majeure a fragilisé davantage l’État et retardé le développement »
Grâce Omari estime également que le pays apparaît aujourd’hui profondément fragmenté, avec une partie de la population tournée vers Kinshasa tandis qu’une autre vit sous l’influence de l’AFC/M23 dans plusieurs zones de l’Est.
« Pendant que les armes parlent sur le terrain et que les discours s’affrontent dans les capitales, ce sont les citoyens ordinaires qui continuent de mourir, de fuir leurs villages ou de survivre dans la précarité »
L’auteur rappelle que l’indépendance ne devait pas remplacer une domination par une autre, mais faire du peuple le véritable souverain.
Dans la dernière partie de sa tribune, le jeune leader appelle à un « sursaut national » et invite l’ensemble de la classe politique à placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers.
« Le Congo n’a pas besoin de nouvelles fractures, mais d’un sursaut national. Il n’a pas besoin d’une classe politique obsédée par les équilibres du pouvoir, mais de responsables capables de remettre le citoyen au cœur de l’action publique »
Pour Grâce Omari, le véritable défi de l’indépendance réside dans la capacité de l’État à protéger son territoire, garantir la sécurité de ses citoyens, faire respecter ses institutions et offrir des perspectives à la jeunesse.
« Le plus grand hommage que les Congolais puissent rendre aux héros de l’indépendance n’est pas de célébrer leur mémoire une fois l’an. C’est de bâtir une République où la paix, la justice, la démocratie et l’unité nationale ne seront plus de simples promesses, mais une réalité vécue par tous »
Signalons qu’une tribune qui se veut à la fois un regard critique sur le parcours de la RDC depuis 1960 et un appel à tirer enfin les leçons de l’histoire pour éviter la répétition des crises qui continuent de fragiliser le pays.
Guellord Risasi