Salomon Baravuga, consultant indépendant en droits humains et représentant spécial de la Convention pour le Respect des Droits Humains (CRDH) ainsi que du Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC), a adressé une lettre de droit de réponse au rédacteur en chef du quotidien belge Le Soir, Xavier Counasse. Il y conteste le contenu d’un article intitulé « Comment les rebelles du M23 utilisent l’épidémie d’Ebola pour asseoir leur pouvoir », estimant que cette publication présente une lecture qu’il juge éloignée de la réalité de l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans sa correspondance, Salomon Baravuga affirme vouloir dénoncer ce qu’il considère comme un traitement médiatique injuste de la crise dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
« Je vous adresse la présente en réponse et pour protester contre les publications de votre journal sur la tragédie imposée à mes compatriotes du Grand Kivu par le pouvoir de Kinshasa », écrit-il.
Se présentant comme consultant indépendant en droits humains, notable du territoire insulaire d’Idjwi et acteur engagé dans l’humanitaire au Sud-Kivu, il explique suivre régulièrement les publications de la presse nationale et internationale, notamment celles des médias belges francophones.
Selon lui, Le Soir s’était longtemps distingué par « des publications objectives, des analyses fouillées et profondes » sur la région des Grands Lacs. Il estime toutefois que cette ligne éditoriale aurait changé ces dernières années.
« Je suis très déçu par les articles que Le Soir publie sur la tragédie imposée à l’Est de la RDC par le pouvoir congolais », soutient-il.
Des critiques sur le traitement de la crise d’Ebola
L’auteur de la lettre reproche également au quotidien belge d’avoir, selon lui, abandonné la rigueur journalistique qui faisait sa réputation.
« J’ai l’impression que Le Soir, comme de nombreux médias occidentaux, a décidé de faire une croix sur la rigueur journalistique qui l’a toujours caractérisé », affirme-t-il, estimant que le journal est devenu « au mieux, un outil de propagande au service du pouvoir de Kinshasa ».
Revenant sur l’article consacré à la gestion de l’épidémie d’Ebola, Salomon Baravuga estime que les initiatives entreprises sur le terrain pour interrompre la transmission du virus n’ont pas été suffisamment prises en compte.
« Comment votre journaliste peut-il cracher sur la mémoire de nos victimes en osant attaquer des gens qui, sans moyens, ont réussi à casser la chaîne de transmission du virus ? », s’interroge-t-il.
À ses yeux, les mesures prises contre Ebola doivent être analysées dans le même contexte que celles adoptées à travers le monde durant la pandémie de Covid-19.
« Ebola tue comme la Covid-19 a tué », insiste-t-il, rappelant que plusieurs pays européens avaient alors mobilisé leurs forces de sécurité afin de faire respecter les mesures sanitaires.
Le représentant de la CRDH et du CIDHC critique également les méthodes d’investigation utilisées dans l’article.
« Je désapprouve les méthodes d’enquête utilisées, toujours dans une démarche qui ressemble à un service commandé », écrit-il.
Il estime que certaines sources citées dans l’enquête ont bénéficié d’une confiance excessive, sans contradiction suffisante.
« Votre journaliste a estimé que ses sources sont suffisamment crédibles pour que leurs dires soient pris pour des axiomes mathématiques », affirme-t-il.
Il ajoute que, selon lui, « ni Ebuteli, ni votre journaliste, ni ses sources ne sont des institutions spécialistes de la santé publique ».
Dans sa lettre, Salomon Baravuga reproche également au journal de ne pas accorder, selon lui, une attention suffisante aux accusations de tribalisme, de xénophobie, de terrorisme d’État ainsi qu’aux conséquences du blocus bancaire et humanitaire affectant les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Il critique par ailleurs les priorités budgétaires des autorités congolaises, estimant que davantage de ressources auraient dû être consacrées à la recherche biomédicale et à la lutte contre Ebola.
Tout en rappelant qu’il respecte la liberté éditoriale du quotidien belge, Salomon Baravuga demande que son point de vue soit pris en compte dans le débat public.
« Tout en respectant le droit de votre journal de publier ce qu’il veut, je proteste fermement contre des articles que je considère comme propagandistes et déshumanisant nos victimes », conclut-il dans sa correspondance adressée au rédacteur en chef de Le Soir.
Mérite BAHOGWERHE