À la grande barrière de Goma, point frontalier entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, un bâtiment de la Direction Générale de la Migration (DGM) abrite désormais un nouveau flux de clients. C’est dans ce lieu hautement stratégique que la Bank of Kigali a installé un guichet bancaire, sous l’impulsion des rebelles du M23-AFC avec l’appui direct de Kigali.
Il y a encore quelques mois, la CADECO (Coopérative d’épargne et de crédit du Congo) représentait une tentative locale de soutenir le commerce transfrontalier. Mais cette expérience s’est rapidement essoufflée, faute de suivi et d’assise solide. Désormais, le vide laissé par la CADECO est comblé par la Bank of Kigali, devenue l’unique alternative financière dans les zones contrôlées par le M23-AFC.
Chaque jour, les recettes issues des services administratifs et commerciaux dans les zones occupées convergent vers ce guichet. Les files d’attente s’étendent du matin au soir, signe d’une activité intense.
Un habitant de Goma témoigne auprès de nos confrères de libregrandlac.com :
« Je suis arrivé à 9h30, mais je n’ai été servi qu’à 14h45. Les services de l’État comme les particuliers viennent y déposer leurs fonds. Même les francs congolais sont acceptés, mais à la fin de la journée, tout est transféré à Kigali. »
La particularité de ce guichet est la commission imposée : toutes les transactions s’effectuent en dollars américains, avec un prélèvement automatique de 5 % sur chaque retrait. Malgré ce coût élevé, l’affluence reste soutenue, reflet d’une dépendance croissante des habitants et des institutions locales à cette structure bancaire.
Derrière cette dynamique, se dessine une stratégie claire : canaliser les flux financiers de l’Est congolais vers Kigali. Cette centralisation des ressources, dans un contexte de crise sécuritaire et humanitaire, alimente de vives inquiétudes sur la perte progressive de la souveraineté économique congolaise.