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RDC-Patrick Muyaya : « les FDLR, un camouflage du Rwanda »

Reçu mardi en plateau de TV5Monde, le ministre congolais de la Communication et médias, Patrick Muyaya, a réagi avec fermeté aux questions liées à la situation sécuritaire qui sévit dans l’est de la République démocratique du Congo. Calme mais offensif, le porte-parole du gouvernement a dénoncé ce qu’il qualifie de « guerre d’agression » menée par le Rwanda, sous couvert de prétendues préoccupations sécuritaires.

Selon lui, Kigali instrumentalise la question des FDLR pour détourner l’attention de la communauté internationale de véritables enjeux économiques et géopolitiques du conflit. Depuis plus de trois décennies, la RDC accuse le Rwanda de soutenir militairement le M23, un mouvement rebelle actif dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Kigali, de son côté, justifie ses incursions par la nécessité de neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu accusé d’abriter d’anciens responsables du génocide de 1994.

Mais pour Patrick Muyaya, cet argument ne tient plus. « La question des FDLR, comme celle des réfugiés ou du discours de haine, ce sont des prétextes utilisés pour camoufler une guerre économique », a-t-il asséné sur les antennes de ce média francophone. En filigrane, il dénonce une stratégie de déstabilisation orchestrée par Kigali pour maintenir l’est congolais dans un état de chaos permanent, favorable aux trafics transfrontaliers et à l’exploitation illégale des minerais.

Les Congolais, premières victimes des FDLR

À ce propos, il a ravivé une plaie encore douloureuse pour les populations vivant dans la partie orientale du Congo. Depuis trente ans, les Congolais sont victimes de cette agression barbare. Chaque jour, ils sont tués par les mêmes FDLR que le Rwanda accuse la RDC de les soutenir, alors même que ce groupe armé hutu est en conflit ouvert avec le dirigeant rwandais Paul Kagame.

« Les Congolais sont les premières victimes des FDLR. Mais il n’y a pas que cela : il y a aussi la question de l’exploitation illicite de nos forêts. Les FDLR représentent une réelle menace pour nos propres populations. Plus tard, conformément à l’esprit des accords, ils devront retourner au Rwanda, où ils devraient être accueillis et réintégrés dans leur société, afin de permettre aux Congolais de vivre en paix dans leur pays », a insisté le ministre congolais.

Réouverture de l’aéroport de Goma

Au sujet de la réouverture de l’aéroport de Goma, le ministre Muyaya s’est montré particulièrement ferme. Aucune initiative ne peut être engagée sans l’accord préalable du gouvernement central. Cette infrastructure stratégique, située dans une zone encore marquée par l’instabilité, relève de la souveraineté nationale. Toute décision concernant sa gestion ou sa réouverture doit être prise en concertation directe avec Kinshasa, en tenant compte des impératifs de sécurité et des intérêts du pays.

« Les langages de techniciens Anotam ont établi que les aéroports de Goma et de Kavumu ne peuvent plus être desservis en vols. Parce qu’il y a des besoins d’intervention humanitaire, au niveau du gouvernement, nous travaillons avec les différentes organisations. Il y a un mécanisme qui est en train d’être mis en place et qui permettra d’autoriser un certain nombre de vols. Il y a les discussions de Paris qui ont convenu d’ouvrir ce corridor humanitaire », a-t-il assuré. « L’homme du nouveau narratif » est tranchant . Le gouvernement ne tolérera aucune démarche unilatérale, quelle qu’en soit l’origine. Pour lui, la reprise des activités à l’aéroport de Goma doit s’inscrire dans une stratégie globale de pacification de l’est, afin de garantir la sécurité des populations et de favoriser le retour progressif à la normalité économique et sociale.

Le retour des réfugiés congolais

Dans le cadre des dispositions arrêtées avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Kinshasa a réaffirmé sa disponibilité à accueillir tous les enfants du pays ayant fui la guerre en se réfugiant au Rwanda.

« Nous n’avons jamais adopté une posture d’exclusion à l’égard d’une quelconque communauté. À l’heure où je vous parle, au sein du gouvernement, de l’armée et de la police, la communauté Banyamulenge est représentée, comme la plupart des autres communautés congolaises. Nous vivons en harmonie. Il est donc hors de question pour le Rwanda de continuer à s’appuyer sur ce prétexte », a-t-il averti.

Par ailleurs, afin de contrer l’administration parallèle instaurée par les rebelles de l’AFC-M23, le gouvernement congolais a pris une série d’ordonnances abrogeant tous les actes signés par le mouvement armé, réaffirmant ainsi l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

Le dialogue interne devra encore attendre

Le dialogue inclusif entre Congolais : les membres de la majorité, les opposants et la société civile, devra encore attendre, a expliqué Muyaya.

« Il faut savoir que le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a toujours été un homme épris de paix. Nous sommes en train d’aboutir aux processus de paix de Washington et de Doha. À l’issue de ces initiatives, qui vont nous permettre de traiter la question de la crise sécuritaire déclenchée par le Rwanda, nous pourrons alors nous consacrer au dialogue interne », a-t-il expliqué.

Ce dialogue interne devra toutefois attendre, le temps de résoudre définitivement le véritable problème, à savoir l’origine de la crise sécuritaire qui continue de ravager l’est de la République démocratique du Congo.

La paix, avant la coopération régionale

Abordant la question de la coopération régionale, Patrick Muyaya soutient que la RDC demeure attachée aux différents processus de paix engagés, notamment ceux de Washington et de Doha. Mais, il a tenu à souligner que tous ces efforts ne sauraient porter leurs fruits sans un engagement clair du Rwanda à cesser toute forme d’agression. « Nous faisons notre part pour consolider la paix, il revient au Rwanda de faire la sienne. Nous faisons la nôtre pour nous assurer que nous atteignions l’objectif de paix qui entraînera l’ouverture aux opportunités », a-t-il martelé, en invitant Kigali au respect de la souveraineté nationale la RDC.

Dans le même souffle, le porte-parole du gouvernement congolais a rappelé la volonté du président Tshisekedi de bâtir une économie solide et ouverte, fondée sur des partenariats gagnant-gagnant avec les pays voisins et les investisseurs étrangers. « Depuis son accession au pouvoir, le chef de l’État travaille à dynamiter l’économie nationale en diversifiant les partenariats », a précisé Muyaya.

– Refus de l’extradition de Roger Lumbala –

Le refus par la France d’extrader le dossier judiciaire de Roger Lumbala vers son pays d’origine ne constitue en aucun cas un affront entre Paris et Kinshasa. Cette décision doit plutôt être perçue, aux yeux de Muyaya, comme un signal fort adressé à tous les auteurs de crimes et violences commis en République démocratique du Congo.

Loin d’un malentendu diplomatique, elle traduit une volonté commune de lutter contre l’impunité et de faire prévaloir la justice internationale. Le porte-parole du gouvernement a rappelé que la RDC est engagée dans un processus de renforcement de l’État de droit, où nul ne peut plus se soustraire à ses responsabilités face à la loi.

Cette affaire illustre l’importance croissante de la coopération judiciaire internationale dans la lutte contre les crimes graves. À ses yeux, le message envoyé par la justice française est clair : les auteurs de violations des droits humains, où qu’ils se trouvent, devront répondre de leurs actes tôt ou tard. « Tous ceux qui commettent des meurtres, ceux qui se rendent coupables d’exactions – et je fais ici le parallèlisme avec la situation actuelle – doivent savoir qu’il existe un temps pour la justice, et que ce temps finit toujours par arriver », a prévenu le ministre, réaffirmant ainsi la détermination du gouvernement congolais à mettre fin à la culture de l’impunité.

Pour le numéro un de la Communication et médias, cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de responsabilisation des acteurs politiques et militaires impliqués dans les violences dans l’est du pays. Kinshasa entend ainsi coopérer pleinement avec les instances internationales afin que justice soit rendue aux victimes de massacres, de viols et de pillages.

À haute voix, Patrick Muyaya a lancé un appel à la mobilisation nationale et à la solidarité régionale pour mettre fin à cette guerre d’usure. Pour Kinshasa, l’heure est à la fermeté diplomatique et à la vigilance stratégique. Dans un contexte où les équilibres régionaux demeurent fragiles, la RDC entend plus que jamais défendre sa souveraineté, sa population et ses ressources naturelles.

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