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Beni : 22 jours de détention pour Clovis Mutsuva, Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi appelle à sa libération

by Mérite Jean-Paul

Vingt-deux jours de détention. C’est le chiffre avancé par Maître Jean-Paul Paluku Ngahangondi pour évoquer la situation de son frère et camarade Clovis Mutsuva. Dans un témoignage particulièrement personnel, le défenseur des droits humains revient sur les prises de position de l’activiste sur la situation sécuritaire à Beni-Lubero, dénonce ce qu’il considère comme une volonté de faire taire les voix critiques et établit un parallèle avec sa propre arrestation.

Alors que, La détention de Clovis Mutsuva continue de susciter des réactions parmi ses proches et certains acteurs engagés dans la défense des droits humains et des populations de la région de Beni-Lubero.

Dans un message présenté comme un hommage à son « frère et camarade », Maître Jean-Paul Paluku Ngahangondi revient sur les circonstances qu’il estime être à l’origine de cette détention. Il affirme que Clovis Mutsuva aurait été ciblé à la suite de plusieurs dénonciations publiques concernant la situation sécuritaire dans la région.Selon lui, son camarade avait régulièrement critiqué la manière dont certains responsables militaires conduisent les opérations contre les combattants ADF, qu’il accuse d’être responsables de nombreuses attaques contre les populations civiles.

« Tout cela, simplement parce que, à plusieurs reprises, vous avez dénoncé leur incompétence notoire et leur incapacité à mettre fin aux massacres des populations de Beni-Lubero », affirme Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi,co-président et représentant régional des pays des Grands Lacs d’Afrique du Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) et coordonnateur national de la CRDH.

il cite notamment le général Eva Kakule Somo, le général Mugisha ainsi que le colonel Delphin, qu’il présente comme des responsables militaires concernés par les opérations dans la région.Ces accusations, formulées directement par l’auteur du témoignage, n’ont toutefois pas été étayées dans son message par des éléments indépendants permettant de les établir comme des faits judiciairement avérés.

Pour Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi, le cas de Clovis Mutsuva pose également la question du soutien apporté aux personnes qui prennent publiquement position pour la sécurité des populations.Il regrette particulièrement le silence d’une partie de la population de Beni-Lubero, alors que, selon lui, Clovis avait fait de la défense de ses intérêts l’un des principaux axes de son engagement.

« Ce qui est également regrettable, c’est le silence d’une partie de cette population pour laquelle vous meniez ce combat pour la paix et la sécurité », écrit-il.Cette situation, poursuit-il, lui rappelle sa propre expérience avec les autorités militaires lorsqu’il avait lui-même été arrêté après avoir échappé à une embuscade à Mavivi.

De Mavivi à Goma ; le récit d’une arrestation Jean-Paul Paluku Ngahangondi raconte qu’il revenait alors vers l’Auditorat militaire, où il devait défendre, pro deo, plusieurs dossiers concernant des habitants du territoire de Beni.Il cite notamment le cas du père de Modeste Croisé, membre de la paroisse Saint-Esprit d’Oïcha, dont il affirme avoir obtenu la libération.

Selon son récit, son retour aurait été marqué par une embuscade à Mavivi.« N’eût été l’intervention de Dieu et des soldats ougandais, j’aurais probablement laissé ma vie là-bas », témoigne-t-il.

Il affirme que cette attaque était intervenue après plusieurs menaces qu’il attribue au commandement des opérations militaires Sokola 1, à la suite de ses dénonciations concernant plusieurs massacres de civils.Parmi les événements qu’il dit avoir dénoncés figure notamment une attaque meurtrière à Oïcha, derrière le bureau du territoire, à proximité de la position militaire de Mukakira.

Il évoque également plusieurs massacres perpétrés dans la ville de Beni entre janvier et avril, période durant laquelle il affirme avoir dénoncé l’absence de réaction suffisante des FARDC.Le massacre d’Oïcha au cœur de ses critiquesDans son témoignage, Jean-Paul Paluku Ngahangondi revient particulièrement sur le cas d’Oïcha.Il affirme qu’à l’époque, le communicateur de l’armée, identifié sous le prénom d’Anthony, avait expliqué, lors d’interventions à Radio Okapi et Top Congo, que l’absence d’intervention des militaires était liée à la distance séparant le lieu de l’incursion des ADF des principales positions des FARDC.

Selon son récit, cette justification évoquait une distance de plus de 600 kilomètres entre la zone de l’incursion et le bureau de l’administrateur du territoire de Beni ainsi que la position militaire de Mukakira.Jean-Paul Paluku Ngahangondi dit avoir rejeté cette explication.Il affirme avoir considéré cette communication comme une tentative de justifier l’incapacité des autorités militaires à intervenir efficacement face aux attaques.C’est à partir de là, selon lui, que les tensions avec certains responsables du secteur opérationnel Sokola 1 se seraient accentuées.Des accusations de « fonds de commerce »Dans son témoignage, Jean-Paul Paluku Ngahangondi formule également une accusation beaucoup plus large sur la gestion de la crise sécuritaire.

Il estime que l’insécurité persistante dans la région pourrait profiter à certains responsables qui chercheraient, selon lui, à maintenir la situation dans la durée afin de continuer à obtenir des moyens financiers destinés aux opérations militaires.

« La situation sécuritaire de Beni [est] devenue, selon moi, un véritable fonds de commerce pour certains », écrit-il.Et d’ajouter : « Ils laisseraient ainsi la situation pourrir afin de justifier la persistance des problèmes sécuritaires et solliciter de nouveaux financements des opérations auprès de Kinshasa. »Il s’agit là d’une analyse et d’une accusation formulées par Jean-Paul Paluku Ngahangondi.

Les personnes concernées n’ont pas, dans le texte fourni, été invitées à répondre à ces griefs.Une détention qu’il relie à ses dénonciations ,Poursuivant son récit, l’avocat affirme qu’après l’embuscade de Mavivi, des militaires seraient venus à sa rencontre alors qu’il devait, selon lui, être ramené chez lui par des soldats de l’UPDF.Il explique que ces militaires lui auraient indiqué vouloir simplement l’entendre avant de le remettre aux autorités ougandaises.

« C’est dans ce contexte que j’ai été arrêté », affirme-t-il.Selon son témoignage, il n’aurait cependant pas été immédiatement entendu comme victime.

Il affirme plutôt avoir été présenté devant certains journalistes comme responsable des faits qui lui étaient reprochés.

« Sans même être auditionné en tant que victime, j’ai été présenté par eux devant certains journalistes […] comme un bourreau », relate-t-il.Il affirme ensuite avoir été conduit dans le cachot du T2 Delphin.Selon Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi, c’est au cours de cette détention qu’il aurait compris que ses prises de position publiques étaient au centre des griefs formulés contre lui.Il affirme qu’on lui aurait reproché de contredire régulièrement le communicateur de l’armée et d’exposer, à travers ses dénonciations, l’armée au « dénigrement ».

La pression autour de son dossier aurait finalement conduit, selon son témoignage, à son transfert à l’Auditorat militaire.Jean-Paul Paluku Ngahangondi affirme que certains responsables auraient souhaité son transfert vers Kinshasa, estimant que ses dénonciations portaient atteinte à leurs intérêts ainsi qu’à ceux de certains généraux.Il soutient cependant que l’Auditorat militaire aurait refusé cette démarche et exigé que les accusations formulées contre lui soient accompagnées de preuves.

« L’Auditorat, qui instruisait le dossier, avait refusé cette démarche, exigeant qu’ils apportent d’abord les preuves de toutes les accusations qu’ils avaient portées devant les médias », affirme-t-il

Dans son hommage à Clovis Mutsuva, Jean-Paul Paluku Ngahangondi affirme également avoir prévenu son camarade de l’existence d’une liste comprenant plusieurs leaders d’opinion de la région qui, selon lui, étaient susceptibles d’être arrêtés.Il cite notamment l’honorable Alain Siwako, Tembos Yotama, Fiston Isambiro, Poipo, Delcat Idengo, ainsi que son propre nom et celui de Clovis Mutsuva.Selon lui, l’objectif aurait été de réduire au silence plusieurs personnalités qui dénonçaient publiquement la situation sécuritaire.

« Tout cela, selon moi, avait pour objectif de nous faire taire face à l’extermination de nos populations », écrit-il.Cette affirmation demeure, à ce stade, une déclaration de Jean-Paul Paluku Ngahangondi et nécessite, pour être établie comme un fait, des éléments de corroboration indépendants.

Dans la suite de son message, l’auteur évoque également la situation de Tembos Yotama.Il estime que l’engagement de ce dernier dans la dynamique des Wazalendo pourrait notamment être lié, selon son analyse, à la volonté de se protéger contre d’éventuelles pressions.Jean-Paul Paluku Ngahangondi estime cependant que cette protection ne serait pas définitive.

« Le jour où il osera les dénoncer, il pourrait à son tour être facilement maîtrisé et envoyé en prison », écrit-il.Cette appréciation relève également de son analyse personnelle.« Cette paix ne viendra pas sans lutte »Malgré les difficultés qu’il décrit, Jean-Paul Paluku Ngahangondi affirme rester convaincu de la nécessité de poursuivre le combat en faveur de la paix et de la sécurité dans la région de Beni-Lubero.

Il dit également rester serein face aux insultes et aux critiques dont lui-même et ses compagnons de lutte feraient l’objet.« Mais nous restons sereins et confiants, car nous sommes convaincus que ceux qui commettent ces injustices finiront par en répondre et que la paix sera un jour restaurée chez nous », affirme-t-il.Son message devient ensuite plus personnel lorsqu’il s’adresse directement à Clovis Mutsuva.« Mais cette paix ne viendra pas sans lutte », insiste-t-il.

Pour lui, le combat pour la liberté et la sécurité doit se poursuivre malgré les difficultés.« Un combattant de la liberté ne baisse jamais les bras avant d’avoir atteint l’objectif qui lui a été assigné par Dieu », écrit-il.Un message de courage à Clovis Mutsuva

Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi demande à son camarade de rester fort malgré sa détention.Il considère que celle-ci est liée, selon son analyse, à son engagement et à ses prises de position en faveur des populations.

« Sois fort là où tes bourreaux t’ont conduit à cause de la défense d’un combat noble », écrit-il.Et de poursuivre : « Nous ne prions pas seulement pour ta libération : nous nous battons également pour votre liberté. »À travers cet hommage, Maître Jean-Paul Paluku Ngahangondi entend ainsi exprimer sa solidarité à Clovis Mutsuva, tout en attirant l’attention sur le sort des acteurs qui dénoncent publiquement les violences et les problèmes de gouvernance sécuritaire dans la région de Beni-Lubero.Son témoignage pose également une question plus large : celle de la place accordée aux voix critiques dans une région où les populations continuent de payer un lourd tribut aux violences armées.

Pour Jean-Paul Paluku Ngahangondi, le combat engagé ne devrait donc pas s’arrêter avec une arrestation.« À très bientôt, mon frère et camarade », conclut-il.

Mérite BAHOGWERHE

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