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Ebola en RDC : informer au péril de sa vie, deux journalistes agressés au Nord-Kivu et dans la Tshopo

by Mérite Jean-Paul

En l’espace de 48 heures, deux professionnels des médias ont été victimes de violences physiques dans les zones affectées par l’épidémie d’Ebola, au Nord-Kivu et dans la Tshopo. Accusés de diffuser de fausses informations ou pris pour cible en raison de leur implication dans les campagnes de sensibilisation, ils illustrent les risques croissants auxquels sont exposés les journalistes chargés d’informer les communautés en période de crise sanitaire.

La lutte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo ne se joue pas uniquement dans les structures sanitaires, les laboratoires ou les centres de traitement. Elle se déroule également sur le terrain de l’information, où les journalistes sont appelés à combattre les rumeurs, déconstruire les fausses croyances et accompagner les communautés dans l’adoption des mesures de prévention.

Mais dans certaines zones touchées par l’épidémie, cette mission d’intérêt public expose désormais les professionnels des médias à des actes de violence.Deux agressions physiques enregistrées en l’espace de 48 heures à Oïcha, dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, et à Bafwasende, dans la province de la Tshopo, viennent illustrer cette réalité préoccupante. Les victimes, Mbusa Vagheni Jackson, rédacteur en chef à la Radio du peuple Oïcha (Radio UMA), et Finance Sianga Bilanga, journaliste à la Radiotélévision Bafwasende (RTBD), auraient été prises pour cible en raison de leur travail de sensibilisation et de diffusion d’informations relatives à Ebola.

Le premier incident s’est produit dans la soirée du mercredi 4 novembre 2026, dans le quartier Masosi, au sein de la commune de Mamundioma, à Oïcha. Mbusa Vagheni Jackson aurait été agressé par un groupe de plus de six individus qui lui reprochaient de diffuser de prétendues fausses informations sur l’épidémie.Selon le témoignage du journaliste, alors qu’il tentait de quitter les lieux sans engager de discussion avec ses interlocuteurs, il a reçu un coup de poing avant d’être violemment pris à partie par ses agresseurs. La situation aurait rapidement dégénéré : les individus lui auraient retiré ses vêtements, puis ligoté les bras à l’aide de son singlet, avant de l’abandonner au sol.Il aura fallu attendre environ trente minutes avant que des passants ne lui viennent en aide.

Le journaliste a ensuite été conduit dans une structure sanitaire du quartier Masosi pour recevoir des soins. Il a été libéré le jeudi 5 novembre.Au-delà des violences physiques, l’agression aurait également entraîné la disparition d’une somme d’au moins 200 000 francs congolais et de l’un de ses téléphones. Selon les informations rapportées, un présumé auteur aurait été interpellé par la police. Cette arrestation devra permettre aux autorités compétentes de faire la lumière sur les circonstances de l’incident et d’établir les responsabilités.

À Bafwasende, un journaliste de nouveau pris pour cibleÀ plusieurs centaines de kilomètres de là, dans la province de la Tshopo, un autre professionnel des médias a été victime d’une attaque dans des circonstances tout aussi préoccupantes.Finance Sianga Bilanga, journaliste à la Radiotélévision Bafwasende (RTBD), a été agressé le jeudi 5 novembre 2026 à l’intérieur même des installations de sa station, situées sur la 14e avenue Ipakala, dans le quartier Maway, à Bafwasende.

D’après les informations publiées par Kis24.info, un groupe de jeunes non identifiés aurait fait irruption dans les locaux de la radio pour s’en prendre directement au journaliste. Son implication dans les activités de sensibilisation contre Ebola figurerait parmi les motifs évoqués autour de cette attaque.L’incident prend une dimension particulièrement inquiétante au regard des antécédents de la victime. Il s’agit en effet de la deuxième agression physique subie par Finance Sianga Bilanga en l’espace de deux semaines.Le 24 octobre dernier, le journaliste avait déjà été pris à partie sur la 13e avenue, alors qu’il se trouvait au sein d’une famille réunie à l’occasion du deuil d’un infirmier tué dans la région.

Au cours de cette première attaque, des individus auraient tenté de s’en prendre à sa vie à l’aide de machettes. Il n’aurait dû son salut qu’à l’intervention de jeunes du voisinage et d’auditeurs de sa radio.Cette répétition des violences soulève des interrogations sur les conditions dans lesquelles les journalistes exercent leur métier dans cette partie du pays.

Elle met également en évidence les difficultés rencontrées par les médias locaux lorsqu’ils abordent des questions sanitaires sensibles dans des communautés confrontées à la peur, aux rumeurs et à la méfiance envers certaines interventions sanitaires.Ebola : quand la désinformation fragilise la riposte sanitaireCes agressions interviennent dans un environnement marqué par des tensions communautaires autour des activités de riposte contre l’épidémie d’Ebola.

Dans plusieurs localités affectées, les équipes sanitaires et les acteurs engagés dans la sensibilisation doivent composer avec des résistances, des actes d’hostilité et une circulation persistante de fausses informations.À Oïcha, le coordonnateur zonal de la riposte avait notamment signalé des attaques contre des ambulances de l’Hôpital général de référence, des agressions visant des agents chargés de l’alerte communautaire ainsi que des manifestations de résistance aux interventions sanitaires.À Bafwasende, le climat de tension autour de la riposte a également été aggravé par le meurtre d’un infirmier impliqué dans les activités sanitaires. Cet événement aurait notamment entraîné l’interruption de certaines activités de riposte, compliquant davantage le travail des équipes engagées dans la lutte contre la maladie.

Dans un tel contexte, l’information constitue un élément déterminant de la réponse sanitaire. Les journalistes contribuent à expliquer les modes de transmission du virus, à relayer les consignes de prévention, à corriger les informations erronées et à favoriser le dialogue entre les populations et les intervenants sanitaires.Leur rôle ne se limite donc pas à transmettre des communiqués ou à rapporter les déclarations des autorités. Ils participent également à la construction d’une compréhension collective de l’épidémie, dans un environnement où les rumeurs peuvent alimenter la peur, la méfiance et le rejet des mesures sanitaires.Mais lorsque ceux qui portent ces messages deviennent eux-mêmes des cibles de violences, c’est toute la chaîne de communication autour de la riposte qui se trouve fragilisée. Les conséquences dépassent ainsi le seul cadre professionnel : elles peuvent contribuer à réduire l’accès des populations à des informations fiables au moment où celles-ci en ont le plus besoin.

JED dénonce un environnement de plus en plus hostile aux journalistesCes deux nouvelles agressions font écho aux préoccupations exprimées par l’organisation Journalistes en Danger (JED) dans son rapport 2026, intitulé : « Rumeurs, légendes et complotisme sur Ebola : les médias sous pression face au virus de la désinformation ».À travers cette publication, JED met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels des médias dans un contexte où les rumeurs, les théories complotistes et les fausses informations autour de l’épidémie compliquent considérablement le travail journalistique.

Le rapport souligne notamment les pressions exercées sur les médias dans l’accomplissement de leur mission d’information et de sensibilisation des populations. Les cas de Mbusa Vagheni Jackson et de Finance Sianga Bilanga donnent une illustration concrète des risques auxquels peuvent être confrontés les journalistes lorsqu’ils traitent de sujets sanitaires sensibles.Pour JED, la mission d’informer sur une épidémie relève de l’intérêt public. La diffusion d’informations vérifiées, la lutte contre la désinformation et la sensibilisation des communautés constituent des responsabilités essentielles du journalisme, particulièrement dans une situation d’urgence sanitaire.

L’organisation rappelle ainsi que les professionnels des médias doivent pouvoir exercer leur métier librement et en toute sécurité. Les divergences d’opinion, les incompréhensions ou les résistances communautaires ne sauraient en aucun cas justifier des agressions physiques ou des actes d’intimidation contre les journalistes.Face à cette situation, JED appelle les autorités compétentes à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité des professionnels des médias, à diligenter des enquêtes afin d’établir les circonstances exactes de ces deux agressions et à traduire en justice les personnes reconnues responsables.

Au-delà de la protection des deux journalistes concernés, l’enjeu est celui de la sécurité de l’ensemble des acteurs médiatiques intervenant dans les zones affectées par Ebola. Car dans une crise sanitaire, empêcher un journaliste de travailler par la violence revient aussi à fragiliser l’un des instruments essentiels de prévention : l’accès des populations à une information fiable, indépendante et vérifiée.À Oïcha comme à Bafwasende, la question dépasse désormais le sort de deux journalistes agressés. Elle pose celle de la place de l’information dans la lutte contre Ebola et de la capacité des professionnels des médias à remplir leur mission sans craindre pour leur intégrité physique.

Mérite BAHOGWERHE JEAN-PAUL

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