Alors que l’épidémie de maladie à virus Ebola continue de mettre à rude épreuve le système sanitaire congolais, le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) alerte sur les difficultés rencontrées par les personnels engagés dans la riposte. L’organisation réclame davantage de transparence sur les financements mobilisés et le paiement rapide des prestataires de santé.
À l’Est de la République démocratique du Congo, la riposte contre Ebola se déroule dans un contexte particulièrement difficile. Médecins, infirmiers, hygiénistes, agents communautaires et autres personnels de santé sont mobilisés dans plusieurs zones touchées par l’épidémie, alors que des difficultés liées au paiement des primes continuent d’être signalées.
Dans une déclaration rendue publique le 18 août 2026, le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) dit exprimer sa « profonde indignation » face à la situation de certains agents engagés en première ligne.Selon cette organisation, plusieurs témoignages recueillis sur le terrain font état de retards dans le paiement des primes, de mouvements de grève et de menaces de suspension des activités dans certaines zones sanitaires.
Des agents mobilisés, mais confrontés aux retards de paiementLe 6 août dernier, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévention, Dr Samuel Roger Kamba Mulamba, avait annoncé la prise en charge par l’État de 400 médecins et 5 200 infirmiers mobilisés dans les provinces affectées, y compris leurs primes.Mais, selon les informations communiquées au CIDHC, la situation demeure préoccupante dans plusieurs zones.Des mouvements de grève sont notamment rapportés à Mungwalu et Nizi. Des prestataires de Chomia ainsi que du Centre de traitement Ebola de Kasenyi auraient, eux aussi, donné des ultimatums concernant le paiement de leurs primes.
Pour le CIDHC, cette situation est difficilement compatible avec les exigences d’une riposte sanitaire efficace.
« Un agent de santé qui travaille sans être payé, sans matériel suffisant et dans un environnement à haut risque ne peut pas être considéré comme une simple variable administrative », estime l’organisation, qui considère les personnels de santé comme « des acteurs essentiels de la sécurité sanitaire nationale ».
Ces préoccupations interviennent alors que les autorités sanitaires avaient déjà reconnu l’existence d’arriérés de primes et de difficultés administratives dans le paiement des prestataires.En juillet, le gouvernement avait notamment évoqué la nécessité d’assainir les listes des prestataires engagés dans la riposte. Il avait également annoncé un audit des ressources mobilisées, notamment celles provenant des partenaires techniques et financiers, sous le contrôle de l’Inspection générale des finances (IGF).
La question du paiement des agents intervient dans un contexte épidémiologique particulièrement préoccupant.Au 30 juillet 2026, l’Organisation mondiale de la Santé faisait état de 3 605 cas confirmés et de 1 587 décès. La transmission concernait alors 49 zones de santé réparties dans cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo.
Depuis, l’épidémie a également atteint le Bas-Uélé, portant à six le nombre de provinces concernées selon les informations citées par le CIDHC.Pour l’organisation de défense des droits humains, l’évolution de la situation impose une mobilisation accrue des ressources humaines et financières.Elle estime qu’il serait « irresponsable » de demander aux agents exposés au virus de poursuivre leur mission pendant plusieurs semaines sans recevoir leurs primes.
Au-delà de la question salariale, le CIDHC met également en avant les conditions dans lesquelles travaillent certains prestataires : exposition au risque infectieux, manque éventuel de matériel et difficultés d’accès dans certaines zones affectées.Des millions de dollars mobilisés pour la riposteL’autre préoccupation soulevée par le CIDHC concerne la gestion des ressources financières consacrées à la lutte contre Ebola.
Le plan national de riposte annoncé par la Présidence de la République avait été évalué à 319 millions de dollars américains, dont 20 millions de dollars débloqués en urgence par l’État congolais.À cela s’ajoutent les contributions annoncées par plusieurs partenaires internationaux.La Banque mondiale avait annoncé en juillet 2026 un soutien de 73 millions de dollars à la réponse contre Ebola, dont 46 millions disponibles au niveau national et destinés à être déployés à travers le projet de préparation, de riposte et de résilience aux urgences sanitaires.
L’Organisation mondiale de la Santé avait, de son côté, indiqué avoir mobilisé 3,9 millions de dollars à travers son Fonds de réserve pour les situations d’urgence.L’UNICEF avait également annoncé avoir consacré 5,75 millions de dollars de ses propres ressources à la réponse à l’épidémie. Le Japon avait, pour sa part, apporté 500 000 dollars à l’agence onusienne pour renforcer notamment la prévention et le contrôle des infections ainsi que l’engagement communautaire en Ituri.Les États-Unis ont également annoncé leur soutien à la RDC. Lors d’une réunion de la Task Force nationale consacrée à la riposte, le chargé d’affaires américain avait déclaré que Washington avait consacré plus de 600 millions de dollars au soutien de la riposte.
Le CIDHC prend toutefois soin de relever que ce dernier montant doit être interprété avec prudence, faute de ventilation permettant de déterminer précisément quelle part correspond exclusivement à l’épidémie d’Ebola de 2026.« Où sont passés les moyens mobilisés pour la riposte ? »C’est précisément cette question que le CIDHC place au centre de son interpellation.
L’organisation ne demande pas seulement une augmentation des financements. Elle réclame surtout une meilleure traçabilité de l’argent mobilisé pour la riposte.Dans sa déclaration, elle demande au gouvernement de publier la liste exhaustive des financements reçus depuis la déclaration de l’épidémie, l’identité des partenaires financiers et techniques, les montants de leurs contributions ainsi que les conventions et mécanismes de décaissement.Le CIDHC souhaite également connaître la ventilation des dépenses, province par province et activité par activité, ainsi que le montant consacré aux primes des médecins, infirmiers et autres prestataires.
L’organisation demande enfin la publication des rapports d’audit et de contrôle annoncés par l’Inspection générale des finances.« Chaque dollar destiné à la riposte contre Ebola doit être traçable. Chaque dépense doit être justifiée. Chaque prestataire doit être payé pour le travail effectivement accompli », insiste le CIDHC.Une riposte qui repose aussi sur les partenaires internationauxLa réponse à Ebola en RDC mobilise aujourd’hui plusieurs acteurs nationaux et internationaux.
L’OMS, l’UNICEF, la Banque mondiale, Africa CDC, les États-Unis, le Japon, Médecins Sans Frontières ainsi que plusieurs agences des Nations unies et organisations humanitaires participent aux opérations de terrain.L’OMS affirme notamment avoir déployé des experts, du matériel médical et des fournitures essentielles dès les premiers jours de l’épidémie.Médecins Sans Frontières, de son côté, mobilise plus de 1 400 membres de son personnel et intervient à travers plusieurs centres de traitement Ebola et unités d’isolement dans les provinces affectées.
Pour le CIDHC, cette mobilisation internationale constitue un soutien important pour la RDC, mais elle doit être accompagnée de mécanismes de transparence permettant de suivre l’utilisation des ressources.
« L’aide internationale ne doit jamais devenir un chèque en blanc remis à des structures dont la gestion financière échappe au contrôle citoyen », affirme l’organisation.
En Ituri et au Nord-Kivu, les conséquences dépassent EbolaAu-delà de la maladie elle-même, l’épidémie exerce une pression supplémentaire sur des communautés déjà confrontées à d’autres difficultés, notamment l’insécurité, les déplacements de populations et l’accès limité aux services essentiels.
L’UNICEF a notamment alerté sur les conséquences de l’épidémie sur certains services de santé en Ituri. Dans les zones les plus touchées, la vaccination des enfants, les accouchements dans les structures sanitaires et le recours aux soins ont fortement diminué.Pour le CIDHC, l’enjeu dépasse donc la seule lutte contre Ebola.
« Le problème n’est donc plus uniquement celui d’Ebola. C’est désormais toute la capacité du système de santé à protéger la population qui est menacée », estime l’organisation.
Les autorités nationales et provinciales sont ainsi appelées à renforcer leur coordination et à apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par les équipes de terrain.Le CIDHC réclame le paiement des prestataires et un mécanisme indépendant de suiviAu terme de sa déclaration, le Consortium International pour les Droits Humains au Congo formule plusieurs demandes.
Il réclame notamment le paiement immédiat des prestataires régulièrement identifiés et effectivement engagés dans la riposte, ainsi que la publication des informations relatives aux financements reçus et aux dépenses effectuées.L’organisation propose également la mise en place d’un mécanisme indépendant de suivi associant les organisations de la société civile, les représentants des professionnels de santé et les partenaires techniques et financiers.Pour le CIDHC, la transparence financière doit aller de pair avec l’efficacité opérationnelle.
« L’épidémie d’Ebola ne se combat pas depuis les bureaux de Kinshasa », souligne l’organisation, en citant notamment Mungwalu, Nizi, Bunia, Beni, Butembo, Kasenyi et Chomia parmi les zones où les équipes sont appelées à poursuivre leurs interventions.
Dans cette logique, le CIDHC appelle également les partenaires internationaux à renforcer les mécanismes de contrôle et de traçabilité liés à leurs financements.Alors que l’épidémie continue de faire peser une forte pression sur le système sanitaire congolais, la question demeure donc double : comment renforcer efficacement la riposte sur le terrain et comment garantir que les ressources mobilisées atteignent effectivement les structures, les agents et les communautés qui en ont besoin ?Pour le CIDHC, la réponse passe par le paiement régulier des personnels, la transparence financière et un contrôle renforcé des fonds destinés à la lutte contre Ebola.
« Sauver des vies ne peut pas être une affaire de communication. C’est une obligation de l’État », conclut l’organisation.Fait à Goma, le 18 août 2026.Maître Jean-Paul Paluku NgahongondiCo-président du Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC), représentant régional des pays des Grands Lacs d’Afrique.
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