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Goma : le CIDHC révèle 103 morts et 54 blessés dans le massacre du 30 août 2023 et exige que les responsables répondent de leurs actes

by Mérite Jean-Paul

Trois ans après la répression meurtrière d’une manifestation des adeptes de la Foi Naturelle Judaïque Messianique Vers les Nations (FNJMN), communément appelés Wazalendo, le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) a rendu public, jeudi 13 août 2026 à Goma, un rapport de monitoring consacré aux événements du 30 août 2023.

L’organisation fait état de 103 personnes tuées, 54 blessées, 158 arrêtées et de plusieurs disparus. Elle demande une enquête indépendante sur l’ensemble de la chaîne de commandement.Le rapport a été présenté devant des représentants des médias locaux, nationaux et internationaux réunis à Goma, dans la province du Nord-Kivu. Le document revient en détail sur les circonstances dans lesquelles la manifestation organisée par les adeptes du mouvement FNJMN avait été réprimée par les forces de sécurité congolaises.

Pour le CIDHC, ces événements, survenus le 30 août 2023, constituent l’une des pages les plus sombres de l’histoire récente de la ville de Goma. Trois ans après les faits, l’organisation estime que plusieurs questions restent encore sans réponse, notamment sur le nombre exact de victimes, le sort des personnes portées disparues et les responsabilités éventuelles au sein de la chaîne de commandement.

Le rapport a été présenté par Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi, co-président du CIDHC, qui a insisté sur la nécessité de ne pas réduire les victimes aux seules statistiques.

« Au-delà des chiffres, il faut regarder les visages derrière ces statistiques. Derrière chaque mort, il y a une famille. Derrière chaque disparu, il y a une mère qui attend, un père qui espère, un enfant qui demande où est son parent », a-t-il déclaré devant la presse.Une manifestation interdite sur fond de tensions sécuritairesSelon le rapport du CIDHC, les événements du 30 août 2023 interviennent dans un contexte particulièrement tendu à Goma et dans l’ensemble du Nord-Kivu.

La province était alors confrontée à une situation sécuritaire marquée notamment par la guerre dans l’Est du pays et par les contestations autour de la présence de forces internationales.Les adeptes de la Foi Naturelle Judaïque Messianique Vers les Nations avaient annoncé une manifestation destinée notamment à dénoncer la présence de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), celle de la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est ainsi que ce qu’ils considéraient comme une ingérence étrangère dans les affaires du pays.Les autorités avaient interdit cette manifestation, invoquant notamment le statut du mouvement et les risques de troubles à l’ordre public.Malgré cette interdiction, les membres de la communauté avaient maintenu leur mobilisation.

Pour le CIDHC, cette interdiction ne pouvait cependant pas justifier l’usage disproportionné de la force contre des civils.« Une interdiction administrative d’une manifestation ne saurait, en aucun cas, constituer un permis de tuer », soutient le rapport.L’organisation estime que les autorités avaient l’obligation d’encadrer la situation et, en cas d’infraction, d’intervenir conformément aux principes de nécessité, de proportionnalité et de respect des droits fondamentaux.

Une opération qui aurait rapidement dégénéré, Le rapport décrit une intervention des forces de sécurité dans plusieurs quartiers de Goma, notamment à Ndosho et Nyabushongo, où se trouvaient des membres de la communauté religieuse.Selon les témoignages recueillis par le CIDHC, plusieurs personnes visées par l’opération n’étaient pas armées au moment des faits.L’organisation affirme qu’une première opération aurait été menée vers 3 heures du matin au niveau d’une station de radio appartenant au mouvement FNJMN. Cette opération aurait notamment impliqué une unité de forces spéciales placée, selon le rapport, sous le commandement du major Peter Kabwe Ngandu.D’après les éléments présentés par le CIDHC, douze personnes auraient été ligotées avant d’être conduites à l’extérieur et prises pour cible par des tirs à balles réelles.Six personnes auraient été tuées sur place.

Parmi elles figurait Tabita Fabiola, une journaliste âgée de 44 ans. Au moins dix autres personnes auraient été blessées au cours de cette opération, selon le rapport.Le CIDHC précise toutefois que ces éléments doivent être soumis à une enquête indépendante et à l’appréciation d’une juridiction compétente avant toute conclusion définitive sur les responsabilités individuelles.Le temple des Wazalendo également cibléLe rapport revient également sur ce que le CIDHC présente comme le pillage puis l’incendie du temple appartenant au mouvement.Selon les informations recueillies par l’organisation, une nouvelle intervention aurait eu lieu aux environs de 7h30, alors que des fidèles étaient rassemblés.

Le CIDHC affirme que des instructions auraient été données pour ouvrir le feu sur les personnes présentes et met notamment en cause, à titre de responsabilité présumée, le colonel Mike Mikombe Kalamba.Pour l’organisation de défense des droits humains, les faits rapportés dépasseraient ainsi le cadre d’une simple opération de dispersion d’une manifestation interdite.

« Les éléments recueillis décrivent une opération ayant pris la forme d’une répression meurtrière, avec un usage massif et disproportionné de la force contre des personnes qui, selon plusieurs témoignages, ne représentaient pas une menace armée justifiant de telles méthodes », soutient le rapport.103 morts, 54 blessés et 158 personnes arrêtéesSur la base de son travail de monitoring et des informations recueillies auprès de différentes sources, le CIDHC établit le bilan suivant :103 personnes tuées ;54 personnes blessées ;158 personnes arrêtées ;plusieurs personnes portées disparues.

L’organisation fait également référence à un rapport confidentiel attribué aux Nations unies qui ferait état de 102 morts, dont 90 hommes, huit femmes et quatre enfants. Ce chiffre ne prendrait pas en compte l’ensemble des personnes portées disparues.Ces différences de chiffres montrent, selon le CIDHC, la nécessité de poursuivre le travail de documentation afin d’établir avec précision l’identité des victimes et le sort des personnes dont les familles sont toujours sans nouvelles.Pour Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi, l’enjeu dépasse largement la question statistique.

« Le CIDHC refuse que ces victimes soient réduites à de simples chiffres dans les archives de l’histoire », a-t-il insisté.La chaîne de commandement au cœur des interrogationsL’un des principaux volets du rapport concerne les responsabilités présumées dans la planification et l’exécution des opérations.Le CIDHC cite notamment plusieurs responsables civils et militaires, parmi lesquels le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le général Constant Ndima Kongba, alors gouverneur militaire du Nord-Kivu, le major Peter Kabwe Ngandu ainsi que le colonel Mike Mikombe Kalamba.

L’organisation affirme que les responsabilités évoquées dans son rapport doivent faire l’objet d’une enquête judiciaire indépendante, impartiale et approfondie.Concernant le major Peter Kabwe Ngandu, le CIDHC s’intéresse notamment à son rôle présumé dans l’opération menée durant la nuit du 30 août.Le colonel Mike Mikombe Kalamba est, lui, cité relativement aux ordres de tir rapportés par certaines sources du CIDHC.Quant au général Constant Ndima Kongba, l’organisation examine son rôle présumé dans les instructions données aux forces de sécurité dans le cadre de la gestion de la manifestation.

Le CIDHC insiste toutefois sur un principe essentiel : être cité dans un rapport de monitoring ne signifie pas qu’une responsabilité pénale est établie.

« Une responsabilité pénale individuelle doit être établie par une juridiction compétente sur la base de preuves contradictoirement examinées », précise l’organisation.Elle estime néanmoins qu’aucune fonction politique ou aucun grade militaire ne devrait empêcher une enquête lorsqu’il existe des éléments suffisamment sérieux justifiant des investigations.La correspondance de la MONUSCO examinée ,Le CIDHC revient également sur une correspondance datée du 21 août 2023 qui aurait été adressée par le bureau de la MONUSCO à Goma au gouverneur militaire du Nord-Kivu.Selon le rapport, cette correspondance exprimait des inquiétudes concernant la manifestation annoncée par le mouvement FNJMN et aurait présenté celle-ci comme ayant un caractère « haineux et violent ».

Le CIDHC conteste cette appréciation, estimant que les éléments examinés dans le cadre de son monitoring ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une incitation explicite à la haine ou à la violence dans la lettre annonçant la manifestation.Pour l’organisation, cette question mérite d’être examinée dans le cadre d’une enquête plus large visant à comprendre les différentes décisions prises avant le 30 août 2023.Des arrestations et des procès militairesAprès les événements, 158 adeptes du mouvement Wazalendo auraient été arrêtés et poursuivis devant le Tribunal militaire de garnison de Goma, selon le rapport du CIDHC.Six militaires ont également été jugés, parmi lesquels quatre ont été condamnés.

Le CIDHC estime toutefois que les procédures judiciaires engagées après les événements ne permettent pas, à elles seules, de répondre à toutes les questions liées au massacre.L’organisation relève notamment les critiques formulées par certaines familles de victimes et organisations de défense des droits humains concernant les conditions dans lesquelles les enquêtes et les procès ont été conduits.Le rapport rappelle également qu’Amnesty International avait dénoncé le caractère qu’elle jugeait hâtif et incomplet de l’enquête.Pour le CIDHC, la justice doit rechercher les responsabilités à tous les niveaux.

« La justice ne peut pas se limiter à juger les victimes présumées d’un massacre. Elle doit également rechercher la vérité sur ceux qui ont planifié, ordonné, exécuté ou facilité les actes ayant conduit à la mort de dizaines de personnes », soutient le rapport.Le CIDHC évoque la possibilité d’un « crime d’État »Au regard de l’ampleur des faits rapportés et de l’implication alléguée de plusieurs structures de l’appareil sécuritaire, le CIDHC estime que les événements du 30 août 2023 pourraient, sous réserve d’une qualification judiciaire définitive, relever d’un « crime d’État ».L’organisation reste cependant prudente sur la qualification juridique définitive et rappelle qu’elle appartient aux juridictions compétentes.

Cette position repose, selon le rapport, sur trois éléments principaux : l’ampleur du bilan humain, l’implication alléguée des forces de sécurité et l’existence présumée d’une chaîne de commandement ayant encadré les opérations.

« Nous utilisons cette expression avec gravité. Un État est créé pour protéger la vie et les droits de ses citoyens, non pour devenir l’instrument de leur destruction », affirme Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi.Trois ans après, les familles attendent toujours des réponsesAu-delà des considérations judiciaires, le rapport insiste sur les conséquences humaines du drame.

Des familles ont perdu leurs proches, des enfants ont grandi sans leurs parents et certaines familles restent dans l’incertitude concernant le sort de personnes portées disparues.Pour le CIDHC, la question des disparus doit notamment constituer une priorité.L’organisation demande que toutes les personnes dont le sort reste inconnu soient recherchées et que leurs familles obtiennent des informations précises.

« Nous ne vous avons pas oubliés. Vos morts ne sont pas des statistiques. Vos souffrances ne sont pas des détails de l’histoire », a déclaré le CIDHC à l’adresse des familles des victimes.Le CIDHC réclame une enquête indépendanteÀ travers son rapport, l’organisation demande au gouvernement congolais de mettre en place une enquête véritablement indépendante, impartiale, transparente et crédible.Elle réclame notamment l’examen de l’ensemble de la chaîne de commandement, l’identification des personnes tuées, blessées ou portées disparues, ainsi que la poursuite des personnes dont la responsabilité serait établie par des éléments de preuve.

Le CIDHC demande également que les droits des personnes poursuivies soient garantis, que les victimes et leurs familles puissent bénéficier de réparations et que les documents, archives et autres éléments matériels liés aux opérations soient préservés.L’organisation souhaite par ailleurs que les défenseurs des droits humains puissent poursuivre leur travail de documentation sans intimidation.« Nous ne cherchons pas la vengeance, nous cherchons la vérité , le CIDHC considère que le 30 août 2023 doit rester dans la mémoire collective de Goma comme une journée marquée par de graves violations présumées des droits humains.Trois ans après, l’organisation estime que le temps ne doit pas effacer les faits ni faire disparaître les revendications des familles.

« Nous ne cherchons pas la vengeance. Nous cherchons la vérité. Nous ne cherchons pas la haine. Nous cherchons la justice », a déclaré Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi.Le CIDHC affirme vouloir poursuivre son travail de documentation jusqu’à ce que les circonstances exactes des événements soient établies et que les victimes et leurs familles puissent obtenir vérité, justice et réparation.Pour l’organisation, le principal enjeu demeure désormais celui de la responsabilité : déterminer, sur la base d’une enquête crédible et de preuves vérifiables, ce qui s’est réellement passé à Goma le 30 août 2023 et établir, le cas échéant, les responsabilités individuelles et institutionnelles.

Signalons que, 3ans après le drame, le rapport du CIDHC relance ainsi la question de la justice pour les victimes des événements du 30 août 2023 et remet au centre du débat la nécessité d’une enquête complète sur les circonstances de cette répression meurtrière.

Mérite BAHOGWERHE JEAN-PAUL

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