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Tribune | RDC : le dialogue contraint ou la dernière chance d’éviter l’exil, par Patrick Mundeke

by Mérite Jean-Paul

« Oui, mais… » Ces deux mots résument, selon moi, le sentiment d’amertume, de frustration et de colère qui anime aujourd’hui une grande partie des Congolais. Il est des moments où l’histoire oblige à regarder les faits avec lucidité. Et lorsque l’on contemple les conséquences de certaines décisions, une question revient inévitablement : tout cela pour en arriver là ?

Depuis la chute de Bunagana, le 13 juin 2022, plusieurs responsables politiques et observateurs avaient appelé le président Félix Tshisekedi à privilégier la voie du dialogue. Ces appels, selon moi, n’ont pas été entendus. La chute de Kiwanja, le 29 octobre 2022, puis celle de Kibumba et d’autres localités ont, à mes yeux, illustré les conséquences de cette absence de concertation.

J’estime que le moment le plus révélateur est intervenu lorsque le chef de l’État a déclaré publiquement ne pas connaître la situation réelle de l’armée congolaise. Pour moi, cette déclaration traduit les limites de la gouvernance sécuritaire après plusieurs années d’exercice du pouvoir.

Hommage aux artisans du dialogue

Je souhaite rendre hommage à la CENCO et à l’ECC, qui, malgré les critiques et les attaques dont elles ont fait l’objet, ont continué à défendre l’idée d’un dialogue national inclusif. Leur initiative, portée dès 2025 à travers une feuille de route en plusieurs étapes, mérite d’être saluée.

Je salue également Moïse Katumbi, dont la position est restée constante. Depuis plusieurs années, il plaide pour un dialogue inclusif, sincère et courageux comme voie de sortie de la crise.

J’adresse aussi mes encouragements à certains responsables de la majorité présidentielle qui, malgré les risques politiques, ont soutenu cette option. Je pense notamment à Vital Kamerhe, qui continue, selon moi, à défendre la nécessité du dialogue pour préserver la paix.

À Patrick Muyaya : le dialogue doit rassembler

Je voudrais rappeler au porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, que le dialogue annoncé ne peut être perçu comme celui d’un seul camp politique.

À mon sens, il s’agit d’un processus rendu nécessaire par l’évolution de la situation politique et sécuritaire. Il devrait donc reposer sur une communication apaisée et inclusive.

Je considère que l’exclusion de certains acteurs sur la base d’accusations politiques compromettrait les chances de réussite de ce processus.

Un dialogue n’est ni un tribunal ni un instrument de règlement de comptes. Il doit permettre à toutes les parties concernées de participer librement à la recherche d’une solution durable.

À Félix Tshisekedi : créer les conditions de la confiance

L’acceptation du dialogue implique, selon moi, des gestes d’apaisement.

Je considère qu’il est nécessaire d’adapter la communication des institutions afin d’éviter les discours susceptibles d’alimenter les tensions. J’estime également que la libération des prisonniers politiques, la suspension des poursuites que l’opposition qualifie de politiques et l’exécution de certaines décisions de justice contribueraient à restaurer la confiance.

Je pense enfin que les conditions actuelles ne permettent pas l’organisation d’un dialogue pleinement consensuel à Kinshasa. Un tel processus devrait bénéficier d’un cadre neutre, d’une médiation crédible, d’un ordre du jour accepté par tous et de garanties offertes à l’ensemble des participants.

La République démocratique du Congo traverse, selon moi, une étape décisive de son histoire. Le dialogue ne constitue pas une faveur accordée à une partie, mais une nécessité imposée par les circonstances.

Les Églises ont ouvert la voie, l’opposition affirme sa disponibilité et certaines voix au sein de la majorité se sont également prononcées en faveur d’un dialogue. Il appartient désormais, selon moi, au chef de l’État de créer les conditions d’un processus crédible.

L’avenir du pays dépendra de la capacité de ses dirigeants et de ses acteurs politiques à privilégier l’intérêt général et la recherche de la paix.

Vive la République démocratique du Congo.

Patrick Mundeke

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