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Journée internationale de la jeunesse à Goma : « 26 Couleurs de la paix », quand la jeunesse dessine l’avenir de la RDC

by Mérite Jean-Paul

À l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse 2026, plusieurs jeunes issus de différentes organisations du Nord-Kivu se sont réunis, vendredi 14 août, dans les installations de La Prunelle RDC asbl, à Goma. Au cœur de cette rencontre : l’exposition « 26 Couleurs de la paix en RDC : l’art pour dialoguer, s’exprimer et bâtir la paix », une initiative qui entend faire de la créativité un outil de dialogue et de cohésion dans un pays confronté à de multiples défis sécuritaires et sociaux.

Placée sous le thème « Quand la jeunesse dessine l’avenir de la RDC », cette activité a réuni des jeunes autour de plusieurs échanges consacrés à la paix, à l’engagement citoyen, à l’éducation, à l’emploi, à la justice, à l’inclusion sociale, à l’entrepreneuriat et à la participation des jeunes à la construction de la République démocratique du Congo.À travers cette exposition, La Prunelle RDC asbl veut notamment rappeler que la jeunesse congolaise ne doit pas être considérée uniquement comme la génération appelée à prendre les commandes du pays demain. Elle peut également jouer un rôle déterminant dans les transformations sociales d’aujourd’hui.

« 26 Couleurs de la paix », pourquoi 26 ?Le choix de vingt-six couleurs renvoie aux 26 provinces de la République démocratique du Congo. Pour les organisateurs, chacune de ces provinces représente une identité, une culture, des réalités particulières, mais également une contribution possible à la construction de la paix.L’année 2026 marque par ailleurs la première édition de cette exposition.

Les organisateurs ont ainsi voulu associer le nombre 26 à la fois aux provinces du pays et à cette première initiative.Les 26 œuvres présentées ne se limitent toutefois pas à une représentation géographique. Elles abordent différentes problématiques qui concernent directement la jeunesse congolaise : paix et sécurité, démocratie et gouvernance, droits humains, inclusion sociale, éducation, emploi, entrepreneuriat, justice, leadership, environnement, innovation, santé, culture et participation citoyenne.Chaque œuvre devient ainsi, selon les organisateurs, une « couleur » particulière de la paix, mais aussi une invitation à réfléchir aux moyens de construire une société plus juste et plus inclusive.

Martine Lwanzo : « La RDC de demain sera l’image de la jeunesse d’aujourd’hui », Ouvrant officiellement l’activité, Martine Lwanzo, coordonnatrice provinciale de La Prunelle RDC au Nord-Kivu, a insisté sur la responsabilité de la jeunesse dans la construction de la paix.

« Aujourd’hui, nous célébrons non seulement la jeunesse, mais aussi l’espoir, l’unité, la diversité et la paix. La jeunesse congolaise représente une force considérable pour la construction d’un avenir meilleur », a-t-elle déclaré dans son discours d’ouverture.

Pour elle, les différences culturelles, linguistiques, géographiques et sociales qui caractérisent la RDC ne devraient pas constituer un obstacle à l’unité nationale.

« Chaque couleur représente une province, une identité, une richesse et une contribution particulière à la construction de la paix en République démocratique du Congo », a expliqué Martine Lwanzo.

La directrice provinciale de La Prunelle RDC à Nord-Kivu estime également que la paix ne doit pas être perçue comme une responsabilité exclusivement réservée aux institutions publiques ou aux acteurs politiques.

« La paix ne commence pas seulement dans les grandes institutions. Elle commence dans nos familles, dans nos écoles, dans nos quartiers, dans nos communautés et dans nos comportements quotidiens », a-t-elle souligné.

Dans cette logique, elle appelle les jeunes à refuser la violence, la haine et les discours de division.« Être jeune aujourd’hui, c’est refuser la haine, rejeter la violence, combattre les discours de division et choisir de devenir un acteur des changements », a-t-elle ajouté.Avant de déclarer officiellement ouverte l’activité, Martine Lwanzo a formulé un souhait : voir les 26 couleurs devenir des symboles du dialogue, de la tolérance, du respect, de la justice, de la solidarité, de l’espoir et surtout de l’unité nationale.

Claudine Kitumaini : « Malgré la guerre, il y a des jeunes qui dessinent », Présente dans le cadre de cette activité, Claudine Kitumaini, directrice exécutive de La Prunelle RDC asbl à Bukavu, a présenté aux participants le contenu et la signification des différentes œuvres exposées.Elle est revenue sur les aspirations communes des jeunes, malgré les différences de contexte entre les provinces et les pays.

« Une jeunesse qui vit dans la paix, une jeunesse qui se réveille le matin, qui veut avoir un emploi digne, décent et garanti, une vie meilleure », a-t-elle expliqué.

Dans une région marquée par les conflits armés, les déplacements de populations et le chômage, elle estime que la jeunesse doit continuer à porter des messages d’espoir.

« C’est vrai que c’est difficile de vivre dans la guerre, mais on est résilients, on s’efforce et on fait quelque chose », a-t-elle déclaré.

Pour elle, le choix des dessins comme moyen d’expression constitue une manière de montrer que les difficultés sécuritaires ne doivent pas empêcher les jeunes de prendre la parole et de faire entendre leurs aspirations.

« Malgré nos différences, malgré les contextes de guerre, malgré nos difficultés, il y a quand même des jeunes qui se concentrent, qui dessinent et qui décident de parler de nos histoires », a-t-elle expliqué.

De la paix et la sécurité à l’éducation et à l’emploi, En présentant les œuvres, Claudine Kitumaini a commencé par celle consacrée à la paix et à la sécurité. Elle représente des jeunes filles et garçons issus de différentes communautés et réunis autour d’une même table pour dialoguer dans un climat de confiance et de respect.La deuxième œuvre est consacrée à la démocratie et à la gouvernance. Elle met en avant la participation des jeunes, filles comme garçons, aux processus de décision.

« Qu’on soit fille, qu’on soit garçon, nous avons tous droit à la parole, nous avons tous droit à la participation », a-t-elle affirmé.

Elle met en scène différentes catégories de personnes, notamment des jeunes, une personne vivant avec handicap, des déplacés internes et d’autres composantes de la diversité congolaise.Le message défendu est celui de l’égalité et du refus de toute discrimination.Vient ensuite l’éducation et la formation, présentées comme des leviers essentiels pour l’avenir des jeunes.

« L’école ouvre des portes de l’avenir », a résumé Claudine Kitumaini, en insistant également sur l’importance du numérique dans la société actuelle.L’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes constituent une autre thématique de l’exposition.

L’œuvre consacrée à cette question montre un jeune entrepreneur entouré d’autres jeunes dans un environnement économique dynamique.Pour les organisateurs, il s’agit d’encourager les jeunes à ne pas attendre uniquement les opportunités créées par d’autres, mais également à développer leurs propres initiatives.

« Nous sommes des jeunes, nous avons l’esprit ouvert, nous sommes intelligents et nous devons chercher comment créer pour espérer avoir un avenir meilleur », a déclaré la directrice exécutive de La Prunelle RDC.

Une autre œuvre est consacrée à la justice et à la lutte contre l’impunité. Elle représente une justice censée être indépendante, équitable et accessible à tous.Claudine Kitumaini a notamment évoqué la perte de confiance d’une partie de la population envers les institutions judiciaires, particulièrement dans les dossiers liés aux violences basées sur le genre et aux violences sexuelles.Elle déplore le recours à des arrangements à l’amiable dans certaines affaires, estimant que cette pratique peut contribuer à renforcer le sentiment d’impunité.

« Si on a voulu faire ce dessin, c’est pour montrer que la justice indépendante est aussi possible en RDC. Il suffit seulement de prendre les choses au sérieux et qu’il y ait une justice équitable pour tous », a-t-elle soutenu.

L’exposition aborde également la question du leadership, du coaching et du mentorat. Une œuvre représente un groupe de jeunes gravissant une montagne, accompagné par un leader et un mentor.Pour Claudine Kitumaini, les jeunes doivent pouvoir bénéficier de l’expérience de leurs aînés, mais aussi devenir eux-mêmes des modèles pour les générations qui viennent.

« Nous sommes jeunes aujourd’hui, mais il y a des enfants derrière nous qui nous regardent », a-t-elle rappelé, insistant sur la responsabilité intergénérationnelle.L’environnement figure également parmi les thématiques retenues, avec l’idée de faire des jeunes des acteurs de la protection de leur cadre de vie.

Les jeunes expriment leurs préoccupations, Après la présentation des différentes œuvres, les participants ont eu l’occasion de poser des questions et de partager leurs expériences autour de la paix et des difficultés auxquelles ils sont confrontés.Les échanges ont notamment porté sur l’accès limité à la formation, la situation des jeunes non scolarisés, l’insécurité, le manque d’espaces de loisirs, les violences basées sur le genre, l’entrepreneuriat et l’innovation.

Les participants ont également formulé plusieurs aspirations communes : une paix durable, davantage d’opportunités d’emploi et d’autonomie, la liberté d’expression, la justice, l’équité et une plus grande prise de conscience de la responsabilité des jeunes dans la société.Pour les organisateurs, ces échanges montrent que, malgré des réalités différentes, les aspirations fondamentales de la jeunesse congolaise restent largement partagées.

« La paix n’est pas seulement l’affaire des jeunes »Répondant aux préoccupations des participants, Claudine Kitumaini a rappelé que la construction de la paix ne peut être limitée à une seule catégorie de la population.

Elle a notamment souligné l’importance de la participation des femmes et des mouvements féministes dans les processus de paix, estimant que les différentes composantes de la société doivent pouvoir contribuer aux efforts de cohésion.

« La paix, ce n’est pas seulement pour les jeunes, mais pour tous », a-t-elle insisté, appelant à faire des « 26 Couleurs de la paix » un espace ouvert au dialogue et à l’expression.

De son côté, Thérèse Bikiko, de l’organisation Dynamique des femmes, a invité les jeunes à traduire leurs préoccupations et leurs aspirations en messages susceptibles de contribuer au changement dans leurs communautés.Les discussions ont ainsi permis aux jeunes d’exprimer leurs attentes et de réfléchir à des pistes d’action adaptées à leurs réalités.

Un espace de dialogue autour de l’art, Modérés par Nelson Mantama, les échanges se sont déroulés dans un cadre présenté comme favorable à l’expression libre des participants.Au-delà des discours, l’exposition a constitué le principal point d’attraction de cette célébration. Les différentes œuvres réalisées sous forme de dessins et d’illustrations ont permis aux participants de découvrir une autre manière de parler de la paix.À travers 26 œuvres pour 26 provinces, La Prunelle RDC asbl entend ainsi porter un message simple : les différences qui existent entre les Congolais ne doivent pas empêcher la construction d’un avenir commun.

Signalons que, Dans un Nord-Kivu confronté depuis plusieurs années aux conséquences des conflits armés, l’initiative cherche surtout à offrir aux jeunes un espace pour exprimer leurs préoccupations, mais aussi leurs rêves.« 26 provinces, 26 couleurs, une seule jeunesse » : derrière ce slogan, l’ambition affichée est de rappeler que la paix peut également se construire par l’art, le dialogue, l’engagement citoyen et la capacité des jeunes à imaginer une autre RDC.

Mérite BAHOGWERHE JEAN-PAUL

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